Les
faits marquants de cette saison régulière 2011-2012 :
- Le "lockout".
- Les grosses surprises de la saison (bonnes et mauvaises).
- Les records battus (en particulier à la passe).
Le "lockout"
Comme je l'écrivais en février dernier, l'ombre d'un possible lockout planait sur la NFL.
Et sans surprise, celui-ci a bien
été déclaré par les propriétaires des équipes dès le milieu du mois de mars, c'est à dire à la fin de la convention collective signée entre eux et l'union des joueurs professionnels. C'était un mouvement attendu puisque les propriétaires "préparaient leur coup" depuis 2 ou 3 ans, en provisionnant des centaines de millions de dollars pour combler le manque à gagner pour eux (et pour payer les avocats nécessaires).
Il s'en est suivi des négociations longues et douloureuses, avec même des procès à la clé (de certains joueurs contre les propriétaires). Rappelons que pendant toute cette période, aucun salaire n'est versé (ni aux joueurs, ni au staff technique), aucune transaction n'est possible, bref
tout est bloqué (c'est la définition même du "lockout").
Évidemment, dans ces conditions, les propriétaires avaient forcément l'avantage, mais les joueurs se sont révélés plus unis que prévu, et ont tenu tête pour obtenir le maximum possible. Finalement, la peur de voir la saison 2011-2012 totalement annulée a conduit à un nouvel accord signé
fin juillet dernier.

(
Note : contrairement au lockout qui a eu lieu à la même période en NBA, il y a peu de possibilité de réduire la saison NFL, celle-ci ne comportant déjà que 16 matchs, alors qu'en NBA on peut jouer une demi-saison à 40-50 matchs au lieu de 82 tout en restant intéressante sur le plan sportif).
Au final, les deux parties sont satisfaites, chacun ayant fait les concessions nécessaires, mais les plus heureux sont encore les fans de foot US, qui auront eu une
saison régulière complète (seul un match d'exhibition en début de saison a été annulé, les équipes n'ayant du coup qu'à peine un mois et demi pour se préparer au lieu des 4 à 5 mois habituels).
Les propriétaires ont obtenu
53% des revenus globaux (au lieu d'environ 50% avant), mais en retirant de l'assiette une certaine somme destinée à la
rénovation de leurs stades (
ce qui fait qu'en réalité leur pourcentage est bien plus élevé qu'avant). En revanche, ils ont dû renoncer à porter le nombre de matchs à 18, et ont dû s'entendre sur un "
salary cap" (le total maximal des salaires) de 120 millions de dollars par équipe.
Les joueurs ont donc cédé un peu d'argent (principale revendication des propriétaires), mais obtenu une meilleure assurance maladie-blessure, un peu moins d'activités obligatoires pendant la pré-saison (les camps d'entraînement), et 5 jours de congés pendant la saison régulière (pendant la semaine dite "
bye" où l'équipe n'a pas de match). D'autre part, la retraite des anciens joueurs est désormais bien plus intéressante.
Les seuls "vrais" perdants de l'accord sont les "
rookies", joueurs qui font leur entrée dans le monde professionnel, et qui ne pourront plus négocier des contrats de 50 millions dès leur arrivée, comme certains le faisaient (mais il est vrai que certains contrats étaient devenus ridicules ces dernières années, surtout pour des joueurs inexpérimentés). Et donc,
les agents de joueurs (intermédiaires incontournables) sont eux-aussi particulièrement touchés par l'accord, d'autant plus que leur taux de commission a également été réduit de près d'un tiers.
Enfin, l'accord a été signé
pour 10 ans, ce qui donne aux deux parties (et aux fans) une confortable période de "calme"…
PS : pour info, les revenus estimés pour 2011-2012 sont de l'ordre de
9 milliards de dollars… Et en probable forte augmentation pour les années prochaines. Le terme "confortable" est donc doublement bien choisi…

Les grosses surprises
Chaque année, il y a des surprises, mais cette année c'est particulièrement flagrant. Difficile de dire quelle part le lockout a eu sur celles-ci, il est néanmoins évident que les équipes
n'ont pas pu se préparer comme d'habitude. En une ou deux semaines, il a fallu engager ou ré-engager près de 1900 joueurs, et aucun véritable entraînement n'a pu avoir lieu, la saison débutant à la date prévue, soit début septembre.
Parmi ces surprises,
la plus grosse est sans doute l'étonnant renouveau des
San Francisco 49ers. Alors qu'un
nouveau coach (Jim Harbaugh) arrivait à la tête de l'équipe, et que
toute la défense avait été remaniée (avec de très jeunes joueurs pour la plupart), personne ne prévoyait une bonne saison pour SF, surtout avec l'absence d'inter-saison pour se préparer. Les 49ers n'étaient donc classés que 26
ème sur 32 dans les pronostics d'avant le début de la saison.
Et pourtant, ils finissent
seconds de la Conférence Nationale (13 victoires) et donc
directement qualifiés pour le second tour des playoffs (même si cela a été limite, il a en effet fallu avoir recours au 3
ème ou 4
ème critère pour les départager des Saints). Et ceci avec la
meilleure défense statistique de toute la Ligue, en réalisant l'exploit incroyable de n'avoir encaissé aucun TD à la course jusqu'à la 15
ème semaine (égalant un record NFL de 1985). Du coup, leur classement général dans la Ligue est passé à la
3ème place !!

Autre bonne surprise, les
Detroit Lions, qui remontent de la 18
ème place à la 8
ème dans ce classement "officieux" (ESPN), et qui participeront aux playoffs pour la première fois depuis 1999. Enfin les
Cincinnati Bengals passent de la
dernière place des pronostics à la 11
ème place en fin de saison.
S'il y a des équipes qui mieux marché que prévu cette saison, c'est
forcément qu'il y en a d'autres qui ont complètement raté leur saison.

La chute
la plus impressionnante est celle des
Indianapolis Colts. L'année dernière, je mentionnais comme fait marquant leur 9
ème participation de suite en playoffs (voir
NFL Playoffs 2010-2011). Cette série se termine doublement mal : d'une part ils terminent carrément
derniers de la Ligue (avec seulement 2 victoires, et 13 défaites de suite pour débuter la saison !), et d'autre part cela tombe particulièrement mal l'année où ils reçoivent le Super Bowl
chez eux. À leur décharge, on peut souligner le profond handicap causé par la blessure de leur quaterback vedette Peyton Manning, absent toute la saison (du coup, ils passent de premier à la passe en 2010 à 27
ème en 2011, ce qui explique beaucoup leur contre-performance surprise).
Autre saison ratée, celle des
Philadelphia Eagles. Pourtant pronostiqués 3
ème dans le classement d'avant-saison (c'est à dire même devant les Saints ou les Steelers), ils finissent par un bilan de 8 victoires 8 défaites grâce à un rebond en fin de saison, mais insuffisant pour rattraper leur mauvais début (4-8). Ils tombent à la 15
ème place du classement ESPN. Les
New York Jets ne font guère mieux : de 7
ème à 19
ème.
Une saison pour les passeurs
C'est probablement LE fait marquant de cette saison :
le jeu de passe a été particulièrement prolifique. Tant mieux pour le spectacle !

En 2010-2011, le
total des yards gagnés à la passe par les
10 meilleures équipes dans ce domaine était de
41621 yards (avec
7 équipes à plus de 4000 yards). En 2011-2012, ce nombre est passé à
45886 yards (avec
10 équipes à plus de 4000 yards et
2 équipes à plus de 5000), soit
l'équivalent d'une (bonne) équipe supplémentaire.
Au niveau individuel, c'est encore plus fort !(
rappel : les stats individuelles ne comptent pas les pertes de terrain dues aux "sacks", contrairement aux stats d'équipes totalisées ci-dessus ; ce qui explique par exemple qu'un quaterback peut dépasser les 5000 yards dans ses stats perso alors que le total de l'équipe sera inférieur à ce chiffre).
Il faut savoir qu'une saison à plus de 4500 yards complétés est
déjà excellente pour un quaterback (seuls 7 QBs l'ont fait plus d'une fois). Et la barrière des
5000 yards en une saison est quasiment mythique… En 1984,
Dan Marino avait en effet établi le record NFL de
5084 yards en une saison. Ce record incroyable aura tenu
27 ans (!!)…

Depuis, la barre des 5000 yards n'avait été passée
qu'une seule fois, par Drew Brees en 2008, avec
5069 yards (et à l'époque, il y avait eu un début de polémique, car Drew Brees avait donné l'impression de ne pas
vouloir aller chercher le record de Marino, pourtant très proche, en fin du dernier match, se contentant d'être le deuxième QB de l'histoire à passer les 5000).
Et bien,
en cette seule saison 2011, ce sont
pas moins de 3 QBs qui ont passé cette barre !!
Deux d'entre eux ont même battu le vieux record de Dan Marino.
Matthew Stafford (Detroit) finit la saison à
5038 yards.
Tom Brady (New England) finit la saison à
5235 yards (soit déjà 151 yards de plus que Marino).
Quant à
Drew Brees (New Orleans), c'est carrément lors du 15
ème match (c'est à dire avec encore un match à jouer

, c'était le match de Noël dernier,
cf. photo de droite) qu'il a
battu ce record (et qu'il est donc devenu le seul à avoir passé
2 fois la barre des 5000), record qu'il a évidemment encore amélioré lors du dernier match, en le portant finalement à
5476 yards (soit près de 400 yards de plus que Marino, l'équivalent d'un excellent match supplémentaire pour un QB

).
Note :
Drew Brees a établi cette saison
d'autres records NFL en plus du nombre total de yards (meilleur pourcentage de réussite :
71.2%, nombre de passe complétées :
468, nombre de matchs à plus de 300 yards :
13, nombre de matchs consécutifs à plus de 300 yards :
7, plus certains autres qui découlent logiquement de ceux-là).
Conclusion
Nous avons assisté cette saison à une "re-distribution des cartes"
plus importante que d'habitude. Qu'elle soit plus ou moins liée au lockout d'inter-saison, voire pas du tout, n'est pas réellement quantifiable. Il y a souvent des équipes qui reviennent au premier plan grâce au système de "
draft" (qui permettent aux moins bonnes équipes d'avoir les meilleurs choix en terme de recrutement la saison suivante). Mais cette année, il se trouve que
plusieurs équipes reviennent en force et que d'autres leaders habituels des précédentes saisons s'écroulent totalement. C'est peut-être juste une coïncidence.
(
pour San Francisco, on peut supposer a priori que c'est bien l'efficacité du système de draft qui a prévalu ; car c'est bien grâce à une défense jeune mais talentueuse qu'ils en sont arrivés là ; laquelle a été recrutée ces dernières années justement parce que l'équipe était au plus mal ; CQFD).
Ces changements vont en tout cas nous offrir quelques affrontements
inédits en playoffs (Falcons-Giants, Lions-Saints), mais aussi un grand classique (Steelers-Broncos, pour la 7
ème fois, les deux équipes ayant chacune eu leur heure de gloire). Ceci pour le premier tour seulement, évidemment.
Si on parle surtout des surprises, il ne faut pas oublier que plusieurs
"grands" leaders sont toujours là, et
en excellente place pour la plupart. Ainsi, les
Green Bay Packers, tenants du titre, terminent à 15 victoires pour une seule défaite, meilleur bilan de la Ligue, et sont plus que jamais favoris à leur propre succession. De même, nous retrouverons les
New Orleans Saints, les
New England Patriots ou les
Baltimore Ravens, habitués aux premiers rôles ces dernières années.
L'expérience étant un facteur non négligeable en playoffs, gageons que ces équipes ne se laisseront pas battre facilement.